Lettre 8 - Les autres occupations de Léonie

Dans le tumulte de ce mois de janvier 1852, alors que Victor Hugo tente de structurer son exil au 16 de la Grand-Place, une intrigue se joue à distance, entre Paris et Bruxelles. Elle repose sur une relation d'une étrange modernité : celle qui unit l'épouse légitime, Adèle Hugo, à l'ancienne maîtresse, Léonie d'Aunet.

Une complicité née du scandale

Pour comprendre pourquoi Hugo confie à sa femme la mission de gérer Léonie, il faut remonter quelques années en arrière. Après le flagrant délit d'adultère de 1845, qui avait conduit Léonie en prison, Adèle Hugo a adopté une attitude surprenante. Loin de rejeter la "rivale", elle lui a tendu la main.

Pourquoi cette bienveillance ? D'abord par distinction sociale : Adèle considère Léonie, femme cultivée et issue de la bourgeoisie, comme une interlocutrice bien plus digne que Juliette Drouet, qu'elle méprise. Ensuite, une forme de solidarité tacite s'est installée. Adèle a aidé Léonie à se relever socialement, l'a reçue chez elle, a conseillé cette femme plus jeune et vulnérable. Une étrange amitié, faite de confidences et de thé, lie les deux femmes.

L'urgence d'une intervention

En janvier 1852, Hugo panique. Léonie veut venir. Il écrit à Adèle non pas comme à une épouse trompée, mais comme à une "générale en chef" de sa vie privée. Il lui faut impérativement maintenir Léonie à Paris.

La raison est simple : la présence de Juliette Drouet à Bruxelles. Hugo sait que la cohabitation des deux maîtresses dans l'espace réduit de l'exil serait une catastrophe nucléaire pour sa tranquillité d'esprit et pour son travail. Il supplie donc Adèle d'intervenir, sachant qu'elle est la seule à avoir l'oreille et la confiance de Léonie.

Ancrer Léonie à Paris par la raison

Adèle accepte la mission et se faire la voix de la raison. Pour convaincre Léonie de renoncer à ce voyage, elle ne va pas utiliser l'interdiction mais la convaincre de se consacrer à ses tâches parisiennes qui sont principalement :

  • sa carrière littéraire : Léonie est une femme de lettres ambitieuse. Adèle lui fait comprendre que son avenir professionnel est en train de se jouer et qu’il faut qu’elle reste présente et disponible ici.
  • Les enfants : Mère de famille, Léonie a des devoirs. Adèle appuie sur cette corde sensible, lui rappelant que ses enfants ont besoin d'elle à Paris et qu'un départ précipité pour Bruxelles pourrait les mettre en danger ou la couperait d'eux.

Elle écrira dans une lettre du 1er janvier 1852 à son mari Victor Hugo à propos de Léonie ‘Je vais tâcher d'emmancher quelque chose pour elle à cette Revue de Paris. – Je vais beaucoup m'occuper d'elle afin de te dégager et pour que tu aies le moins de souci possible de ce côté. Je remplirai cette tâche avec toute la délicatesse et tous les soins possible.’

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