Lettre 9 - Lettre au journal Le Siècle

En avril 1852, alors que Victor Hugo organise la résistance littéraire depuis Bruxelles, un autre combat se joue à Paris, derrière les murs de la prison de la Conciergerie. C’est là que son fils, François-Victor Hugo, est incarcéré pour délits de presse.

Le 16 avril, un coup de théâtre survient : le gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte décide de lui accorder une grâce, lui offrant la remise des quatre mois de prison qu'il lui reste à purger.

Un acte de défiance publique

La réponse du jeune homme ne se fait pas attendre. Loin d'accepter cette liberté offerte par l'ennemi de son père, il choisit la contre-attaque. Il rédige immédiatement une missive destinée à être rendue publique :

Mon cher confrère, j'apprends à l'instant, par la lecture de l'Indépendance belge, que le gouvernement m'aurait fait remise de quatre mois de prison qui me restent encore à subir. La situation faite à mon père, faite à mon ami Paul Meurice, qui expie encore sous les verrous la responsabilité d'un article signé de moi seul, m'empêche d'accepter une grâce que je n'ai provoquée en aucune façon. Mes compliments fraternels.

Victor Hugo fils.

Solidarité et honneur

Dans cette lettre, François-Victor ne parle pas seulement en son nom. Il justifie son refus par une solidarité indéfectible envers deux figures majeures : son père, proscrit et exilé, et son ami Paul Meurice.

Il rappelle que Meurice « expie encore sous les verrous la responsabilité d'un article signé de moi seul ». Pour le fils Hugo, il est moralement impossible de sortir libre tant que ses proches paient le prix de leur loyauté envers la famille et la République.

Source : Journal Le Siècle, n° 5965, 16 avril 1852.

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