Lettre 11 - Éditeur francais en exil
Jean-Baptiste Tarride
Qui est l'homme qui a accepté de publier le brûlot de Victor Hugo ?
Pour que Napoléon-le-Petit existe, il ne suffisait pas de l'écrire, il fallait l'imprimer. Si Victor Hugo fournit la plume, c'est un certain Jean-Baptiste Tarride qui fournira les presses.
8 rue de l'Écuyer
Tarride n'est pas un inconnu pour les milieux littéraires. Éditeur français installé à Bruxelles bien avant l'arrivée de Hugo (on trouve trace de ses publications dès 1848), il tient une librairie située au 8, rue de l'Écuyer, en plein centre-ville.
Loin d'être un simple commerçant, Tarride s'est spécialisé dans la diffusion d'œuvres françaises en Belgique, opérant souvent à la marge des circuits officiels parisiens. Sa boutique est un repère pour l'opposition : c'est une enclave où la censure impériale n'a pas cours.
Le contrat du 30 juin
Pourquoi Hugo se tourne-t-il vers lui ? Sûrement parce que le projet est périlleux. Les grands éditeurs belges, soucieux de leurs relations diplomatiques et commerciales avec le nouveau régime de Napoléon III, hésitent à publier un pamphlet aussi violent.
Tarride, lui, ose. Le mercredi 30 juin 1852, la collaboration est scellée. En acceptant ce manuscrit, l'éditeur de la rue de l'Écuyer sait qu'il ne publie pas un simple livre, mais une arme politique. C'est grâce à son audace logistique (et notamment l'idée de formats réduits pour la contrebande) que la voix de Victor Hugo pourra franchir les frontières et inonder la France malgré l'interdiction.