Lettre 10 - Affiches placardées : l'annonce de la vente du mobilier de Victor Hugo
En mai 1852, Victor Hugo est contraint de liquider son foyer parisien. Une nouvelle loi menaçant de confisquer les biens des proscrits, l'écrivain décide de vendre ses possessions en urgence pour soustraire son patrimoine à l'État. Le produit de cette vente doit financer le départ de sa famille vers Jersey, où il compte reconstruire sa vie loin de la menace politique.
Sur les murs de Paris apparaissent alors ces grandes affiches annonçant la dispersion du 37 rue de La Tour-d’Auvergne. La composition typographique hiérarchise brutalement l'information : le mot « VENTE » s'impose en lettres capitales, suivi de « MOBILIER » et du nom « M. VICTOR HUGO ». Le texte dresse l'inventaire éclectique des goûts du poète et renvoie les intéressés vers le commissaire-priseur Me Ridel et l'expert M. Mannheim pour retirer le catalogue de vente, et fixe l'exposition publique au lundi 7 juin.
Cette affiche est l'œuvre de l'imprimerie Maulde et Renou, dont les presses tournent alors au 14 rue des Fossés Saint-Germain l'Auxerrois. Cette maison est, à l’époque, une véritable institution : Charles Maulde, son dirigeant, détient le statut officiel d'imprimeur de la Compagnie des commissaires-priseurs. Son atelier, qui emploie près de 90 ouvriers et dispose de presses grand format, est spécialisé dans ces documents administratifs. C'est donc logiquement cette même entreprise qui imprime le « catalogue sommaire » de la vente — le livret indispensable détaillant les lots aux acheteurs — confirmant le savoir-faire de cette société qui perdurera bien au-delà du XIXe siècle.
Sources :
- L'affiche de la vente : Stéphanie CABANNE, « Hugo en exil », Histoire par l'image [en ligne].
- Le catalogue de la vente : Catalogue sommaire d'un bon mobilier, objets d'art et de curiosité..., Paris Musées Collections.
- Sur l'imprimerie Maulde et Renou : Archives Nationales, cote F/18/1801